Sainte-Chapelle, Paris, France

La Sainte-Chapelle de Paris: église

La Sainte-Chapelle de Paris est un édifice exemplaire à maints égards. D’abord parce qu’elle servit de modèle pour nombre de constructions du XIIIe siècle. Ensuite parce qu’elle montre, mieux que tout autre monument, l’aboutissement des recherches de la période gothique sur la technique du voûtement et l’éclairage. Et enfin parce qu’elle est un exemple d’équilibre parfait propre aux périodes d’apogée.

Chapelle palatine, élevée au centre de la cour du palais des Rois de 1241 à 1248, la Sainte-Chapelle connut de nombreuses vicissitudes. Mise en vente pendant la Révolution, elle ne trouva point d’acquéreur. Un sculpteur eut en charge de faire disparaître tous les emblèmes monarchiques, mais ceux de la flèche étant difficiles à atteindre; on jugea plus expéditif de la démolir. Sous l’Empire, la chapelle haute devint le dépôt des archives judiciaires. Elle fut donc entourée de casiers, ce qui entraîna la destruction des vitraux sur 2 mètres de haut. En 1837 commença la restauration de Duban, Lassus et Viollet-le-Duc. Toutes les sculptures des portails et des chapiteaux sont modernes. Celles de la nef ont été transportées en 1797 au musée des Petits Augustins par Alexandre Lenoir; mais les deux tiers des vitraux sont d’origine.

Vue de la Sainte-Chapelle de Paris

Au fond de la cour du Palais de Justice de Paris la Sainte-Chapelle subsiste comme un témoignage du palais des rois de France au cœur de l’île de la Cité.

On compara toujours la Sainte-Chapelle à une gigantesque châsse. Elle en possède en effet à la fois la fonction et l’apparence. Saint Louis avait acheté en 1239 à Baudoin II, empereur d’Orient, la couronne d’épines du Christ ; il rentra dans Paris pieds nus, la châsse entre les mains, et décida alors d’élever un monument cligne de la couronne et des autres reliques qu’il avait rassemblées. La Sainte-Chapelle fit fonction de vaste reliquaire.

Consacrée en 1248, elle prit aussi la forme d’un coffret précieux. La pierre parée de vitraux flamboyants comme des émaux est sculptée avec légèreté. Elle présente aussi la délicatesse d’une pièce d’orfèvrerie, si bien que l’équilibre de l’édifice semble tenir du miracle. Déjà au XIIIe siècle on comparait la Sainte-Chapelle au paradis. La châsse semble en fait posée sur un socle massif, qui correspond à la chapelle inférieure. Celle-ci, haute de 7 mètres à peine, servit de support pour élever une armature de contreforts et de piliers d’une solidité à toute épreuve; structure nécessaire pour soutenir l’élancement de la chapelle haute.

Verrières de la Sainte-Chapelle de Paris

Le principe de construction retenu à la Sainte-Chapelle laisse la place prédominante aux verrières au détriment des murs.

Attribuée sans preuve à Pierre de Montreuil, la chapelle est en effet de proportions monumentales. Elle fait 20 mètres de haut pour 40 de long et 12 de large. Pourtant le visiteur n’a pas le sentiment de pénétrer dans un grand édifice de pierre. Au contraire, c’est un immense mur de lumière, de 17 mètres de hauteur, qui se présente à ses yeux. La vitrerie est maintenue par un réseau de pierre d’une extrême légèreté, et surtout d’une audace inouïe, si l’on songe qu’il a été élevé au XIIIe siècle. Comment tient cette nef sans appui apparent ? La réponse semble anachronique tant elle est étonnante. La Sainte-Chapelle est en effet le premier exemple de l’emploi massif du métal dans la construction.

Toutes les assises de la chapelle, des fondations aux goutterots, sont en effet liées entre elles par des crampons de fer forgé, noyés dans du plomb. Cette structure verticale est assistée d’un réseau horizontal. Au sommet des grandes fenêtres et en leur milieu, de longues barres de fer relient entre eux les supports principaux de la chapelle haute ; qui traversent les meneaux; et les maintiennent en place. Ces armatures métalliques se confondent heureusement avec celles des vitraux. L’architecture d’aujourd’hui s’inspire d’ailleurs de cette technique pour rendre invisibles les supports de fer. De fait, la Sainte-Chapelle offrit une résistance exceptionnelle aux vents et ouragans. Jamais une fenêtre ne fut enfoncée. Ce système se généralisa dans le dernier tiers du XIIIe siècle. L’un des premiers « ingénieurs » français, architecte virtuose dont on n’a pas gardé le nom expérimenta ce système à la Sainte-Chapelle.

reliquaire de la Sainte-Chapelle

Malgré les restaurations importantes du XIXe siècle, la Sainte-Chapelle donne une idée assez proche de ce que devait être ce gigantesque et somptueux reliquaire au XIIe siècle.

Une telle ingéniosité n’était pas sans but. Toute la Sainte-Chapelle est en effet bâtie en fonction de ses vitraux. Leur extension prodigieuse aux dépens des murs marque le point d’aboutissement du « style Saint-Louis » qui débuta à la cathédrale de Troyes et à Saint-Denis, vers 1230. Cette évolution esthétique s’explique par un progrès technique. La coloration des vitraux devenant plus puissante réduisait très fortement la quantité de lumière transmise par les fenêtres, qu’il fallut donc multiplier et allonger. Leur étroitesse compensa alors leur étirement en hauteur.

Mais les fenêtres de la Sainte-Chapelle ne sont pas assez étroites pour que le sertissement de panneaux de vitrail se simplifie. Ici est utilisée la technique traditionnelle des barlotières forgées à la forme des compositions figurées. Cette technique atteint là son point de perfection. Grâce à elle, les verrières ressemblent à de précieuses compositions d’orfèvrerie.

L’iconographie, quant à elle, est nouvelle, résumant une tendance qui sera celle du XIIIe siècle. Au lieu du principe synthétique du XIIe siècle — un nombre réduit de scènes à l’iconographie surchargée —  de multiples scènes illustrent chaque texte sacré. Ainsi vingt-huit scènes illustrent la courte histoire de Judas; et celle d’Esther par cent-cinquante panneaux figurés !

Sainte-Chapelle de Vincennes

La Sainte-Chapelle de Vincennes est plus tardive que celle de Paris. Charles V la commanda vers 1380 et son édification dura deux siècles. Son plan à vaisseau unique est celui de toutes les chapelles palatines. En revanche, elle ne possède qu’un niveau à la différence de celle de Paris. Mais comme chez cette dernière, sa beauté repose sur la simplicité du volume intérieur, entièrement libéré de tout support; et sur la qualité des vitraux ainsi mis en valeur. L’iconographie des vitraux appartient bien au XVIe siècle ; empruntée à l’Apocalypse elle s’inspire des œuvres de Dürer et de la Bible de Wittenberg traduite par Luther. La forme dansante du fenestrage qui soutient les verrières, enflammé dans un jeu savant de courbes et de contre-courbes, situe cet édifice parmi les premiers et plus beaux exemples français du gothique flamboyant.

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