Opéra de Paris, France

Opéra Garnier : l'Opéra de Paris

Comment imaginer Paris sans l’Opéra ? La fusion parfaite de l’édifice avec le quartier et sa situation exceptionnelle s’expliquent par l’origine de sa construction. Il fut le couronnement du grand programme de rénovation urbaine du second Empire mené par le baron Haussmann. Selon le désir exprimé par l’empereur, le quartier du futur Opéra devait faire de Paris « la plus belle ville de l’univers ». De fait, l’Opéra de Paris est resté le symbole du règne de Napoléon III. Il constitue aussi l’une des plus brillantes réussites du style second Empire.

Avant lui, il n’y avait pas eu moins de douze salles d’opéra à Paris, régulièrement détruites par des incendies provoqués par l’éclairage aux bougies. La nouveauté de l’Opéra de Garnier tient moins à la salle, qui ressemble aux précédentes, qu’au plan général, et surtout à la monumentalité et au luxe de décoration mis en œuvre.

Charles Garnier, Opéra de Paris

Buste de Charles Garnier situé devant le pavillon de l’Empereur.

Les quatorze années de travaux ne furent pas de trop pour mener à bien cette œuvre gigantesque. La découverte d’une nappe phréatique et de la rivière de la Grange-Batelière à l’endroit des fondations; puis les difficultés financières croissantes ne réussirent pas à entamer la ténacité et l’imagination de l’architecte. Inauguré en grande pompe le 5 janvier 1875, l’Opéra de Paris fut tout de suite acclamé. On célébra Garnier en triomphateur, et l’édifice tient encore aujourd’hui comme un modèle dans toutes les capitales du globe.

Le plan de l’Opéra de Paris est, en effet, un véritable chef-d’œuvre. Au lieu de fusionner, comme c’était l’habitude, les diverses fonctions du théâtre (entrée, salle, scène, administration); Charles Garnier les a scindées en volumes différenciés, mais liés par une rigoureuse unité de style. L’échelle du monument fit aussi sa renommée. Jamais Grand-Théâtre n’avait atteint des dimensions semblables. La salle, à son époque la plus grande du monde, paraît réduite comparée à l’ensemble, c’est-à-dire le foyer, l’escalier, et surtout l’énorme scène d’une monumentale hauteur.

L’Opéra de Paris correspond d’abord à une nouvelle conception du théâtre, adaptée à une société tournée vers le luxe et les plaisirs, à un règne qui vit sous le signe de la prospérité et de l’étalage de la richesse. Aux détracteurs qui lui reprochaient la taille de l’escalier d’honneur, Garnier répondait qu’il avait été conçu aussi pour un spectacle; celui de la comédie mondaine. En effet, l’escalier mène aux premières loges, étage noble, et au foyer qui était le grand salon du Tout-Paris. Tout y est donc fait pour voir et être vu. La double volée toute en courbes et contre-courbes, le blanc immaculé du marbre des marches ; puis, à l’étage, les balcons arrondis en avancée comme des loges; et enfin les galeries parées de colonnes et de marbres. Il en est de même pour le foyer, qui tient plus d’un salon que d’un promenoir. Dans la salle, les loges furent moins conçues pour la vue de la scène que pour la parade des spectateurs.

Ceux-ci représentaient une élite; l’Opéra de Paris fut clairement conçu pour la servir. A l’ouest, dans la rotonde dite de l’Empereur, une rampe d’accès pour les voitures à cheval montait à l’étage; et permettait à la berline impériale de mener l’empereur directement à sa loge. Derrière celle-ci était installé un véritable appartement avec salons, salles de gardes et boudoir. De même, à l’est, la rotonde des Abonnés permettait à ceux-ci de pénétrer dans un somptueux vestibule.

Toits de l'Opéra de Paris

Dominant Paris, les toits de l’Opéra comprennent le dôme de la salle et le fronton de la scène orné de statues évoquant Apollon et les arts du Théâtre Lyrique et de la Danse.

La rigueur du plan permit aussi de multiplier les ornements, les matières, les couleurs, de les organiser dans une symphonie de formes et de volumes qui est elle aussi un spectacle. En effet, Garnier choisit minutieusement ses matériaux. Il mêla subtilement la pierre, le marbre, le bronze et la mosaïque pour créer un monument qu’il voulait polychrome; à l’image des palais italiens de la Renaissance. Cette polychromie est évidente à l’extérieur, où se combinent la pierre d’un blanc éclatant, les coloris des marbres et des granits, le cuivre vert-de-grisé des toitures et des bronzes, l’or brillant de la couronne du dôme.

L’architecte n’utilisa pas moins de trente-trois pierres différentes, qu’il alla choisir aux quatre coins du monde; le marbre vert en Suède, le porphyre rouge en Finlande, la brocatelle en Espagne, l’onyx en Algérie et le granit des Vosges.

Dans ce cadre grandiose, l’abondance de la statuaire et l’exubérance de la décoration se conjuguent sans choquer. Toute l’école française de sculpture et de peinture du second Empire est représentée dans ce que Garnier lui-même appelait « le musée de l’Opéra ». L’extérieur est, en effet, un musée en plein air; depuis la façade ornée à droite du magnifique groupe de la Danse de Carpeaux; en passant par l’attique décoré des immenses groupes de Guméry (l’Harmonie à gauche, la Poésie à droite); jusqu’au colossal Apollon élevant sa lyre qui couronne le dôme. L’intérieur n’est pas moins étonnant et recèle de nombreuses richesses. On y retrouve bibliothèque, couloirs, foyers et promenoirs. Enfin, dans la salle elle-même, au-dessus des fauteuils et des tapis rouge et or, le plafond de Chagall installé en 1962, cachant une œuvre du XIXe de Lepneveu, prouve que le « musée de l’Opéra » a su rester vivant.

Salle de l'Opéra de Paris

Le décor fin de siècle de la salle tendue de velours rouge et le plafond de Marc Chagall.

Charles GARNIER

En 1861, Charles Garnier (1825- 1898) remporte le concours de l’Opéra, à la surprise générale Viollet-le-Duc, dont le renom et les appuis à la cour étaient connus de tous, ne participait-il pas au concours ? Qui était ce jeune architecte inconnu promis si rapidement à la gloire ? Jean-Louis Charles Garnier était né à Paris dans une famille pauvre. Entré à l’Ecole des Beaux-Arts, il travailla comme dessinateur chez Viollet-le-Duc avant de remporter le grand prix de Rome en 1848. C’est cependant le chantier de l’Opéra de Paris qui devait marquer sa carrière. Les commandes se multiplièrent. On lui doit notamment la décoration du Café de la Paix (1863), l’Opéra de Monte-Carlo (1878) et son casino (1881), le grand Observatoire de Nice (1880), le casino, les bains et hôtels à Vittel (1883). Couvert de décorations françaises et étrangères, il fut membre de l’Institut, architecte-conseil de l’Exposition universelle de 1889, et grand officier de la Légion d’honneur. Son nom reste attaché pour la postérité à la création du « style Napoléon Ill » en architecture.

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