Le Louvre, Paris, France

Le Louvre, pas qu’un musée

Aujourd’hui, le nom du Louvre, dont l’origine est encore obscure, évoque pour la plus grande partie du public un musée. Le fait que ces bâtiments abritent des chefs-d’œuvre leur porte en fait ombrage, car la plupart des visiteurs ne leur accordent, au mieux, qu’une attention distraite. Pourtant, les bâtiments du Louvre, dont la construction a duré sept siècles, sont l’un des chefs-d’œuvre de la culture et de l’art français. Leur aspect actuel, à la fois précis et confus comme celui d’un arbre généalogique, a été dessiné par la monarchie et par l’empire, chacun apportant son style propre, pour aboutir à l’un des ensembles architecturaux les plus vastes du monde.

Palais du Louvre, vue de la Seine, Paris

Le long de la Seine, les façades du palais du Louvre constituent l’une des vues les plus célèbres du paysage urbain parisien.

Une tour…

Des fouilles récentes permettent de connaître l’histoire du Louvre à partir de ses origines, c’est-à-dire du donjon de Philippe Auguste. La « tour du Louvre », comme on l’appelait alors, faisait partie du système défensif mis en place par le roi en 1190-1210: une forte enceinte, dirigée contre les Anglais et les Normands. Cette tour circulaire de 31 mètres de hauteur et de 15 mètres de diamètre à la base est fort bien mise en valeur aujourd’hui dans le nouvel aménagement du musée. Deux idées directrices dirigèrent ensuite les constructions : l’achèvement d’une cour Carrée à l’emplacement du vieux Louvre, décidée par François 1er, et le lancement de deux bras destinés à rejoindre les Tuileries, par Catherine de Médicis.

Un palais…

La ville était devenue au XVIe siècle la capitale de la France, et le roi se devait d’y résider. C’est ce qui décida François 1er à raser en 1546 la forteresse médiévale pour se construire un palais au goût du jour. Le roi s’adressa à Pierre Lescot et au sculpteur Jean Goujon. L’œuvre des deux artistes ne fut achevée qu’à la fin du XVIe siècle et elle resta un modèle théorique, un noyau qui allait être infiniment copié et interprété.

On en voit la partie toujours intacte à gauche de la tour de l’Horloge. Le rez-de-chaussée est constitué d’arcades à pilastres corinthiens, l’étage de fenêtres hautes à pilastres composites, et en attique, de petites fenêtres somptueusement sculptées. Trois avant-corps curvilignes rythment la façade. C’est là que Jean Goujon concentra son effort, ainsi qu’au dernier étage du bâtiment. Les œils-de-bœuf qui ponctuent les dessus des portes sont ornés de figures de femmes à la tunique transparente et frissonnante dont Goujon avait le secret et qui évoquent les célèbres nymphes de la fontaine des Innocents. Une frise d’enfants étendus et de guirlandes court sur l’entablement.

Une galerie…

C’est Catherine de Médicis qui lança la deuxième grande campagne du Louvre. Elle voulait un palais indépendant, les Tuileries, relié au Louvre par une galerie longeant la Seine. Elle confia la tâche en 1563 à Philibert Delorme. Jean Bullant reprit la construction. Cette décision devait commander l’avenir du Louvre, son importance et sa structure. L’ambitieux caprice de la souveraine d’origine italienne fut en effet suivi par une volonté réfléchie des rois de France. Ils se sont ainsi efforcés de réaliser le « grand dessein » : la réunion du Louvre et des Tuileries.

Les souverains suivants allaient tenter de mener tantôt l’un ou l’autre des projets. Henri IV acheva la galerie du bord de l’eau et construisit au bout le pavillon de Flore. Louis XIII s’attaqua au vieux Louvre, qui ne comprenait alors que deux des moitiés d’ailes de la cour Carrée. Lemercier, architecte de la Sorbonne, construisit le pavillon de l’Horloge et la réplique symétrique de l’aile de Lescot. Louis XIV engagea Le Vau pour achever la cour. L’architecte, particulièrement scrupuleux, reprit les plans de Lescot pour les façades, et ceux de Lemercier pour les pavillons. Mais le Louvre de Louis XIV, c’est avant tout la colonnade de Perrault qui, donnant accès à la cour Carrée, devait être la grande entrée du Louvre. Le grandiose péristyle de douze colonnes corinthiennes accouplées est considéré comme l’un des plus majestueux symboles de l’architecture classique française.

Caravensérail…

Dès 1680 commença le déclin du Louvre avec le départ de la cour à Versailles. En effet, au XVIIIe siècle, des artistes occupèrent en partie le Louvre. Ils y avaient un atelier et, plus qu’un palais, il devint une sorte de caravansérail. Les souverains ne logèrent plus qu’aux Tuileries lors de leurs séjours dans la capitale. La Révolution ouvrit l’ère des pillages et des destructions. En 1792, les émeutiers assiègent le palais et le pillent de fond en comble. Le pouvoir exécutif révolutionnaire s’installa dans le palais du Louvre.

Les travaux reprirent avec Bonaparte qui voulut ressusciter le « grand dessein » des rois. Ainsi, dès qu’il se fût, proclamé empereur, il chargea Percier et Fontaine d’achever les deux galeries. Là encore, on applique le principe de l’unité architecturale. La façade sur les quais de la Seine fut une réplique de celles construites sous Henri IV. Ensuite, Napoléon III, avec Visconti et Lefuel, acheva la galerie nord, ajoutant des bâtiments aux bras des galeries, et perçant les guichets. Mais au moment où le « grand dessein » allait enfin être achevé, les Tuileries disparurent. Elles furent incendiées par la Commune en mai 1871, puis démolies après un vote de la Chambre des députés en 1882.

Naissance du musée du Louvre

Par conséquent, on abandonna le projet, faute de pouvoir réaliser le « grand dessein ». On entreprit alors de faire du Louvre un « grand musée ». François 1er avait, le premier, rassemblé dans son palais une collection artistique. Louis XIII reprit son exemple. Le « cabinet du Roi » avait ensuite été considérablement enrichi par Colbert. Ainsi à la mort de Louis XIV, deux mille cinq cents tableaux ornaient les palais royaux. L’idée d’un musée, envisagée sous Louis XIV, fut finalement réalisée à la Convention : le 10 août 1793, la Grande Galerie fut ouverte au public. Et, presque deux cents ans plus tard, le grand musée prend enfin corps dans le « Grand Louvre » en cours d’aménagement.

Salle des Cariatides, Musée du Louvre

La salle des Cariatides de Pierre Lescot et Jean Goujon. C’est l’un des vestiges des décors d’origine du palais des rois de France

La Pyramide de Pei

Les siècles successifs ont laissé leurs marques sur le palais des rois de France. La fin du XXe siècle n’a pas failli à la règle en ajoutant la partie la plus controversée mais également la plus fréquentée du monument : la pyramide.

Pyramide du Louvre, Paris

La pyramide de E. M. Pei, au milieu de la cour Napoléon, représente l’apport du XXe siècle à l’ensemble du Louvre.

Aux problèmes complexes d’accès dans un musée moderne fréquenté chaque jour par des milliers de visiteurs, l’architecte sino-américain E.M. Pei a répondu par une entrée unique et souterraine. C’est à la fois pour éclairer ce vaste espace et pour donner à l’ensemble plus de monumentalité, qu’il a repris la forme traditionnelle de la pyramide. En l’adaptant aux exigences de la technique et de l’esthétique contemporaines, il essaya de jouer sur la transparence. Ainsi l’édifice s’impose tout en se faisant le plus immatériel possible, alliant le verre, l’acier et l’eau.

Les générations suivantes diront si E.M. Pei a su donner ainsi au Louvre une marque digne de sa prestigieuse histoire et de son architecture composite.

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