Hôtel des Invalides, Paris, France

Vue du fond de l’esplanade, la monumentale silhouette des Invalides peut être embrassée du regard. Une longue façade dont jaillit, en son milieu, un dôme d’or. Mais malgré les apparences, le dôme ne fait pas partie de la façade, il lui est postérieur. La coupole de l’église du Dôme a été rajoutée à l’hôtel des Invalides. A cette illusion d’optique s’ajoute souvent une simplification historique : les Invalides ne sont pas seulement le tombeau de Napoléon, ils ont une longue histoire qu’il ne faut pas négliger.

Hôtel des Invalides, vue du pont Alexandre 3

Vue du pont Alexandre III, la façade et le dôme des Invalides se détachent du fond de l’esplanade, formant l’un des plus beaux ensembles de Paris. Les statues du pont et le dôme ont été redorés en 1989

L’hôtel des Invalides fut fondé en 1670 par une ordonnance royale. Après avoir dédié l’hôpital de la Salpêtrière aux pauvres gens, Louis XIV décida de construire un hospice destiné aux soldats âgés ou estropiés, qui étaient réduits à la mendicité. La discipline de cet hospice était très stricte (messes quotidiennes, prières du soir, sorties réglementées), afin « d’assagir » les pensionnaires que la pauvreté avait souvent transformés en vagabonds.

Les nouveaux bâtiments eurent donc la dignité qui convenait à la carrière des armes, et l’austérité qui seyait à la discipline militaire. Leur architecte, Libéral Bruant, qui avait travaillé à la Salpêtrière sous la direction de Le Vau, montra une fois de plus sa rigueur et son sens pratique. Le plan, en effet, est d’une rationnelle simplicité : la façade a pour seules décorations les trophées qui entourent les lucarnes et la statue équestre de Louis XIV surmontant le portail. Seules les rangées de canons pris à l’ennemi décorent la cour d’Honneur. Une première église dédiée à saint Louis fut construite dans le même style austère du XVIIe siècle.

Cette église, « l’église des Soldats », était à peine terminée (1676) quand Louis XIV commanda à un jeune architecte peu connu de vingt-neuf ans, Jules Hardouin-Mansart, les projets d’une seconde église, consacrée comme la première à Saint Louis, et qui aurait avec elle un autel commun. Les travaux commencèrent quatre ans plus tard, et durèrent vingt-six ans. L’église du Dôme qui en résulte contraste vivement avec la sobriété de l’œuvre de Libéral Bruant : ici, c’est la magnificence royale qui règne, à l’intérieur comme à l’extérieur.

église du dôme Hôtel des Invalides

Le baldaquin de Jules Hardouin-Mansart qui surmonte l’autel de l’église du Dôme, Saint-Louis-des-Invalides, s’inspire directement de celui de Le Bernin à la basilique Saint-Pierre de Rome, mais moins complexe.

La beauté de la coupole l’a fait appeler « le dôme incomparable ». En effet, l’équilibre entre le dôme et le soubassement, l’amincissement gracieux du galbe en aiguille, et la subtilité avec laquelle s’intègre la riche ornementation en font l’un des plus beaux dômes de Paris. La couverture de lames de plomb n’eut ses dorures qu’en 1715. Le nombre des réfections qui ont eu lieu ensuite témoigne du prestige du monument; il y en a eu cinq en tout, en 1813, 1853, 1867, 1937, et 1989.

La qualité de la statuaire classique de la façade n’est qu’un avant-goût de ce que réserve l’intérieur. Réceptacle du tombeau de Napoléon, l’église royale est aussi à elle seule un chef-d’œuvre qui mérite attention et admiration. Tout y retient le regard.

Le plan en croix grecque fut rendu plus complexe par l’adjonction de chapelles rondes unies à la coupole par des percées diagonales. Cette multiplication des ouvertures crée de saisissants effets de lumière et de perspective, propres à mettre en valeur la statuaire. Celle-ci est l’œuvre de l’équipe des sculpteurs de Versailles, qui sut accorder sculpture et architecture. Les bas-reliefs retraçant la vie de Saint Louis s’harmonisent avec les arcades qu’ils surmontent ; les quatre génies ailés décorant les voûtes en cul-de-four, pleins de force et de grâce, forment une transition aérienne vers la décoration de la coupole.

vue aérienne Hôtel des Invalides

La vue aérienne de l’hôtel des Invalides permet de comprendre le plan de l’édifice qui s’ordonne autour de la cour d’honneur et de l’église Saint-Louis. Les bâtiments sont utilisés de nos jours par l’Hôpital militaire et le musée de l’Armée.

Celle-ci est particulièrement impressionnante, par l’ascension rythmée vers le ciel qu’elle met en scène. A la base du tambour, douze fenêtres surmontent douze médaillons des rois de France. Sur les fenêtres s’élève une coupole tronquée peinte de figures d’apôtres. Enfin, une grande peinture de La Fosse décore la coupole supérieure; au-dessus de Saint Louis qui, entouré d’anges musiciens, remet son épée au Christ, s’ouvre la voûte céleste.

Mais l’église royale d’aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était. Les tourmentes de la Révolution ont emporté une grande partie de la décoration. Dès 1789, en effet, une foule furieuse s’introduisit dans l’hôtel des Invalides; et s’empara des armes qui allaient lui permettre de prendre la Bastille. Par la suite, l’église royale devint le temple de la Victoire, puis de Mars. La Révolution décida d’y transférer les drapeaux pris à l’ennemi; jusqu’alors exposés à Notre-Dame. L’église reçut ensuite les trophées des campagnes impériales.

Rendue au culte sous l’Empire, elle changea de personnalité et d’apparence avec le retour des cendres de Napoléon en 1840. On déposa provisoirement le cercueil de l’Empereur dans une chapelle; il prit place en 1861 dans le sarcophage de porphyre aménagé sous la coupole par Visconti. Visconti est l’architecte qui assumait également l’achèvement du Louvre. Une grande verrière sépara lors les deux églises Saint-Louis. Dans l’église du Dôme, les chapelles et les caveaux continuèrent d’accueillir les gloires militaires de la France. Cela transforma définitivement les Invalides en nécropole militaire.

Le musée de l’Armée se situe au cœur de l’hôtel des Invalides. Il participe lui aussi à cette évocation des grandes heures militaires de l’Histoire de France.

Le retour des cendres de Napoléon

Le 15 décembre 1840 eut lieu l’un des grands événements de l’histoire des Invalides, le retour des cendres de Napoléon.

Victor Hugo avait réclamé dix ans plus tôt dans son poème « A la colonne ». Après sept ans de négociations avec l’Angleterre, Louis-Philippe obtint le droit de faire revenir la dépouille de l’Empereur de Sainte-Hélène. Une fois à Paris, le cercueil de l’Empereur fut placé sur un immense char dessiné par Visconti — également auteur du tombeau de Napoléon — et tiré par vingt chevaux richement caparaçonnés. Derrière, suivait le cortège recueilli des troupes napoléoniennes; des vétérans de la Grande Armée composaient le cortège, entre une double haie de soldats et de gardes nationaux. Le cortège passa sous l’arc de triomphe de l’Etoile récemment achevé; puis descendit les Champs-Elysées et parvint aux Invalides. Tout au long du chemin, une immense foule s’était rassemblée, malgré le froid glacial et les tourbillons de neige. C’était l’apogée de la légende napoléonienne.

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