Château de Chenonceau, France

Château de Chenonceau, château de la Loire

Comme celui d’Azay-le-Rideau, le château de Chenonceau fut construit de 1513 à 1521 par un riche financier, Thomas Bohier. Il était receveur des finances sous Charles VIII, Louis XII, et François 1er, et l’un des grands seigneurs de son temps. Il suivit naturellement les campagnes d’Italie, et administra notamment les revenus du duché de Milan. Aussi le château qu’il se fit construire est-il tout particulièrement sous influence de l’art italien.

Première partie du château de Chenonceau

Le château primitif construit sur le Cher pour Thomas Bohier; receveur des finances du roi, au début du XVIe siècle.

En 1513, l’influence italienne n’apparaît que timidement en France. Elle n’est qu’évoquée dans la décoration de l’aile Louis XII de Blois, et le seul grand monument Renaissance construit avant Chenonceau, le château de Gaillon, a malheureusement en grande partie disparu. Chenonceau est antérieur à l’aile François 1er de Blois, à son rival Azay-le-Rideau, et à Chambord; c’est donc l’une des premières œuvres de la Renaissance française, et certainement la première de cette échelle et de cette qualité.

Il suffit de contempler de loin le château pour comprendre la plus étonnante de ses innovations : sa situation. Ce n’est ni une place-forte bâtie au sommet d’une colline, ni un château isolé, mais une demeure de plaisance en forme de château, bâtie au-dessus de l’eau.

L’idée qu’un miroir d’eau puisse constituer l’attribut essentiel du château de villégiature est ici affirmée pour la première fois ; c’est elle qui déterminera la forme et la situation de presque tous les « Châteaux de la Loire ».

le château de Chenonceau enjambe le Cher

Enjambant le Cher, la galerie de Chenonceau donna au château l’une des silhouettes les plus célèbres des châteaux de la Loire.

L’architecture de l’édifice n’est pas moins originale. Chenonceau se situe au point d’aboutissement de la transformation de la forteresse en maison de plaisance. La forme médiévale du château ne sert que de décor; les tours autrefois défensives sont de taille moins impressionnante et servent d’habitation. Les mâchicoulis et créneaux sont devenus des balustrades. La régularité du plan est nouvelle; un bloc carré cantonné de tourelles et traversé par un couloir central. On remarque d’autre part un autre trait italien; l’escalier droit à rampe, remplaçant l’escalier à vis traditionnel en France.

Le château étant devenu propriété royale, Henri II le donna à sa favorite Diane de Poitiers, qui fit construire par Philibert Delorme le pont reliant le château à l’autre rive du Cher. Elle aménagea l’entrée du château en y plantant un jardin encore visible aujourd’hui; et choisit d’y mettre notamment des melons et des artichauts qui étaient de véritables raretés à l’époque.

Dès le lendemain de la mort d’Henri II, son épouse délaissée se vengea de la favorite, en l’obligeant à lui céder Chenonceau. Avec l’arrivée de Catherine de Médicis s’ouvre la période la plus brillante de l’histoire de l’édifice. En effet, autant Anet fut marqué par la personnalité de Diane de Poitiers; autant Chenonceau reste attaché au nom de Catherine de Médicis. La reine italienne avait le goût des arts, l’amour du faste, et une vraie passion pour l’architecture. Chenonceau lui permit donc d’assouvir ces plaisirs.

Elle réunit un mobilier somptueux et orna le château d’œuvres d’art qu’elle fit venir d’Italie. Elle fit établir de larges communs, tracer un parc, et construire sur le pont une galerie à double étage par Bullant, le successeur de Delorme comme architecte de la reine. Jean Bullant édifia un étage de style maniériste au-dessus du pont enjambant le Cher construit quelques années auparavant par Philibert Delorme. Cet ajout permit de doter le château d’une somptueuse galerie et de lui donner sa silhouette définitive.

La reine donna à Chenonceau des fêtes magnifiques qui sont restées légendaires. Ainsi, la première eut lieu en 1560 pour l’entrée de François II et de Marie Stuart. La seconde, pour l’entrée de Charles IX en 1563, mit en scène des jeunes filles déguisées en sirènes, en nymphes, que poursuivaient en chantant des satyres sortis de la forêt. Pendant quatre jours se succédèrent promenades sur l’eau, danses, combats navals, mascarades. Mais la fête la plus somptueuse eut lieu en 1577, en l’honneur d’une victoire du duc d’Anjou sur les protestants. Un festin eut lieu dans le jardin, dont les dames de la cour assuraient le service. Leurs déguisements champêtres de servantes, qui firent sensation à l’époque, mettaient en valeur leurs charmes; elles étaient peu vêtues, et, comble d’indécence, avaient dénoué leurs cheveux.

chambre des 5 reines, château de Chenonceau

La chambre dite « des cinq reines » qui ont habité le château; (la reine Margot, Élisabeth de France, Marie Stuart, Élisabeth d’Autriche, et Louise de Lorraine).

Le séjour de sa belle-fille Louise de Lorraine, femme de Henri III, contrasta vivement avec ces galanteries. La reine s’était retirée à Chenonceau après l’assassinat du roi par Jacques Clément. Prenant le deuil en blanc conformément à l’étiquette de la cour, elle le garda jusqu’à la fin de sa vie; d’où son surnom de « Dame blanche ». Mais les murs de sa chambre, son lit, ses tapis, ses chaises, ses rideaux furent tendus de noir, et les plafonds noirs ornés de couronnes d’épines et de cordelières blanches. Un siècle plus tard, Jean-Jacques Rousseau, précepteur des fils de la propriétaire de l’époque, Mme Dupin, fut témoin de la tradition festive de Chenonceau. « On s’amusait beaucoup dans ce beau lieu », écrit-il dans ses Confessions, « on y faisait très bonne chère, j’y devins gras comme un moine. »

Après plusieurs changements de propriétaires, mais restant toujours dans des mains privées; Chenonceau appartient aujourd’hui à la famille Menier qui l’entretient admirablement et l’ouvre largement au public.

Catherine de Médicis

Comme Diane de Poitiers, Catherine de Médicis (Florence 1519 – Blois 1589) était une femme de caractère. Elle participa ainsi brillamment aux affaires de l’Etat. D’Henri II, qu’elle avait épousé en 1533, elle eut dix enfants dont trois furent rois de France.

Catherine de Medicis fut veuve à quarante ans après le tragique tournoi qui coûta la vie à Henri II. Elle exerça pendant trente ans (1559-1589) une influence prépondérante sous les règnes successifs de ses trois fils François II, Charles IX et Henri Ill. Catherine de Medicis fit également face avec une remarquable habilité politique à l’une des périodes les plus agitées de l’histoire de France, celle des guerres de Religion.

Fidèle catholique, elle fut l’instigatrice d’une politique de tolérance et même de rapprochement avec les protestants; mais fut également en lien avec le massacre de la Saint-Barthélemy (25 août 1572). Ce dernier et sinistre épisode lui valut une réputation de cruauté, voire de machiavélisme, qui occulta pendant des générations le souvenir de ses qualités d’épouse, de mère inquiète, de mécène des arts ainsi que de femme d’Etat.

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