Château de Chambord, France

Château de Chambord, château de la Loire

Chambord est le plus vaste des châteaux de la Loire. En effet, ses dimensions exceptionnelles le distinguent parmi les édifices de son temps. Il compte quatre cent quarante pièces, trois cent soixante-cinq fenêtres, treize escaliers principaux, soixante-dix secondaires, huit cents chapiteaux. Cette construction colossale est profondément originale et tout le charme de Chambord tient à la liberté, à la fantaisie et à l’audace de son architecture.

Façade du château de Chambord

La façade de Chambord, de plus de 100 mètres de long où les tours, les toits, les fenêtres et les cheminées se marient dans une ordonnance incomparable, date du règne de François 1er.

Des caractères qui s’expliquent par l’époque de transition qui fut celle de la construction du château. L’architecture médiévale n’y figure plus que comme un motif décoratif, tandis que le style de la Renaissance italienne n’y est pas encore tout à fait affirmé. Son aspect irréel et féerique s’explique aussi par son histoire. Le château ne fut conçu ni comme un lieu de gouvernement, ni comme une forteresse, mais comme une fantaisie princière; vouée uniquement aux plaisirs de l’esprit et au passe-temps de la chasse.

Les comtes de Blois, grands chasseurs, avaient élevé là un château fort, que François 1er fit raser en 1519 pour construire un pavillon de chasse. Celui-ci fut achevé en 1550, après la mort du roi. L’identité de l’architecte resta inconnue mais deux noms prestigieux sont attachés au château. Celui de Léonard de Vinci, qui conseilla sans doute le roi, et celui de Dominique de Cortone, élève de Giuliano di Sangallo, ramené en France par Charles VIII en 1495, qui participa au dessin du projet initial.

La silhouette de l’édifice, toute française, est encore profondément médiévale. Avec leur couverture conique, les grosses tours circulaires pourraient en effet appartenir à n’importe quel château français du XVe siècle. Les façades, avec leurs cordons moulurés et leurs pilastres en faible relief, reprennent l’ordonnance déjà notée à Azay-le-Rideau et à la façade sur cour de Blois. L’originalité de Chambord et sa charmante fantaisie sont entièrement présentes dans la physionomie des toits.

En sortant sur les terrasses qui couvrent en partie le donjon, le visiteur découvre une véritable forêt de pierre. Il est soudain environné de cheminées, de tourelles, de lucarnes à frontons pointus, à pilastres ou à colonnes dont chaque fût est surmonté de pinacles, de candélabres aux dessins les plus variés et les plus fantaisistes. Ce délire formel inscrit les parties hautes de Chambord dans la lignée des plus étranges inventions du gothique flamboyant et pourtant le détail de cette architecture étrange est d’inspiration italienne, et montre parfois une maîtrise jamais vue jusqu’ici des éléments architecturaux.

Les cheminées du château de Chambord

Un détail des cheminées au décor de pierre sculptée et d’ardoises plaquées pour créer un effet de polychromie.

La Renaissance italienne est donc ici transposée dans des formes complètement originales; et si le décor des toits fut sans suite, le plan du donjon eut une longue descendance. On l’attribue aux dessins de Giuliano di Sangallo, dont ce serait à Chambord l’œuvre la plus sûre. L’architecte rompt alors complètement avec le plan des donjons médiévaux. Le donjon se divise en quatre parties par une croix grecque dont les bras relient les entrées à l’escalier central. Cette disposition réserve à chaque angle un espace carré, recoupé pour former une grande pièce, deux plus petites et un cabinet; soit un appartement, unité de base de la distribution de l’architecture civile française pour les deux siècles à venir.

Le donjon abrite en son centre l’élément le plus célèbre de Chambord : son escalier à double vis. L’audace de cette cage octogonale, percée d’arcatures et couronnée de huit arcs-boutants, qui primitivement montait d’un seul jet jusqu’au toit, était sans précédent au XVIe siècle. Son plan relève plus d’un jeu formel que d’une réelle fonction pratique. Effectivement, les deux rampes de l’escalier se superposent sans se rencontrer; mais le noyau central est ajouré de telle sorte que l’on puisse s’apercevoir d’une hélice à l’autre.

Cette forme fantaisiste fit la joie de mademoiselle de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII auquel le roi donna Chambord. Le jeu favori de celle qu’on appela « la grande Mademoiselle » était en effet de faire monter et descendre son père par l’une des rampes; tandis qu’elle suivait l’autre sans jamais le rencontrer.

Escalier du château de Chambord

Le célèbre escalier aux deux hélices qui ne se rencontrent pas, se termine dans la grande lanterne du toit.

Mais ce monument dans le monument est aussi remarquable par la beauté de ses détails. Les chapiteaux, les pilastres, les culs-de-lampe y multiplient, avec la grâce et l’invention infinies de la Renaissance, des figures variées; les angelots alternent avec les faunes, les cornes de bélier avec de sensuelles figures féminines qui se terminent en arabesques. Ici un lutin enjambe un chapiteau, là des chimères et des harpies se mêlent à des figures mythologiques.

Parmi les quatre salles de gardes qui se croisent sur l’axe de l’escalier, la travée nord est restée célèbre; c’est donc là que selon la tradition, on donna certaines représentations de Molière. En 1669, eut lieu la première de Monsieur de Pourceaugnac que Molière venait d’écrire au château en quelques jours. Le roi Louis XIV ne se déridait pas; la pièce était perdue. Lully auteur de la musique, jouait le rôle de l’apothicaire; il sauta alors sur le clavecin qui se brisa sous son poids. Le roi éclata de rire; la pièce était sauvée. Un an plus tard, Le Bourgeois Gentilhomme fut encore boudé par le roi à la première représentation. La deuxième eut raison de sa méfiance, et le souverain félicita alors publiquement Molière.

On évoque à Chambord les séjours d’autres personnages illustres tels le roi Stanislas Leszczynski, le maréchal de Saxe ainsi que le comte de Chambord dont les souvenirs sont aujourd’hui exposés dans le château. L’évocation de ce dernier, même brève, serait incomplète sans citer le parc et le domaine qui l’entourent, réserve de chasse aux perspectives et aux charmes incomparables, qui sont l’écrin naturel de Chambord.

François 1er et sa cour

C’est sous François 1er que la cour devint une école d’élégance, de culture et de goût. Aux gens d’épée et aux titulaires de hautes charges dont s’étaient entourés ses prédécesseurs, le roi chevalier mêla savants, poètes et artistes. Les femmes, qui jusque-là jouaient à la cour un rôle effacé, cantonnées dans le service de la reine, devinrent les héroïnes du ballet qui exigeait d’elles une élégance sans défaut. Elles n’hésitaient pas à dépenser des sommes folles pour leurs toilettes.

En retour, le roi veillait à ce qu’on fasse preuve de correction et de respect à leur égard; et sa courtoisie est légendaire. Sa vie amoureuse bien remplie se résume dans une réflexion désabusée qu’il grava sur l’une des vitres de Chambord. « Souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie. »

Seule la duchesse d’Etampes gardera en effet les faveurs de François 1er jusqu’à la mort du souverain.

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