Arc de Triomphe, Paris, France

L'Arc de Triomphe de l'Étoile

L’arc de triomphe est une construction spécifiquement antique. Ignorée par le Moyen Age, négligée par la Renaissance, elle fit sa réapparition au XVIIe et au XVIIIe siècle, avec les arcs éphémères élevés pour les entrées solennelles du roi. L’arc de triomphe de l’Etoile reprend donc un modèle architectural romain. Et elle utilise les connotations politiques qu’on y associe, mais il en donne une interprétation nouvelle. La réussite incontestée de l’arc de triomphe de l’Etoile, devenu l’un des symboles de Paris, tient dans un défi. Comment faire du neuf avec de l’ancien, ou créer une forme architecturale originale à partir d’un modèle vieux de deux millénaires.

L’arc de l’Etoile n’était pas tout à fait le premier arc de triomphe à Paris. Le décret ordonnant sa construction parut en 1806, moment où commençait la construction de l’arc du Carrousel, à l’entrée de la cour des Tuileries. Ce dernier, monument à la gloire de la campagne d’Austerlitz, était consacré aux troupes de l’Empereur, sinon à l’Empereur lui-même. Tandis que l’arc de l’Etoile devait célébrer les armées de la Révolution et le général Bonaparte.

Napoléon Arc de Triomphe

Le « Triomphe de 1810 » célébrant la paix de Vienne, par Cortot arec la statue de Napoléon en empereur romain.

Le choix de cette forme antique n’est pas fortuit. D’abord Napoléon estimait, comme tous ses contemporains, que seul le style de l’Antiquité convenait, par sa noblesse et sa simplicité, aux constructions publiques à caractère de prestige ; ensuite, parmi les monuments possibles l’arc de triomphe était le plus approprié au but de Napoléon. Laisser à la postérité un souvenir de la grandeur de son règne. En effet, les arcs de triomphe romains avaient pour rôle de solenniser le retour glorieux des empereurs et de leurs soldats. Dans une grandiose cérémonie, l’armée romaine victorieuse défilait, avec captifs, esclaves et butin, sous une arche de pierre dont les décors racontaient batailles et victoires. Et elle restait ensuite comme un mémorial de l’empereur et de son règne.

C’est dans cette dernière fonction de mémorial que se cantonnèrent les deux arcs napoléoniens. L’œuvre, confiée à Chalgrin, fut achevée par Goust, l’un de ses élèves. L’inauguration n’eut lieu qu’en 1836, sous Louis-Philippe. Le plan de l’arc de l’Etoile est classique et son unique passage le range dans la descendance de l’arc de Titus à Rome; à la différence de l’arc du Carrousel à trois entrées qui s’inspire de l’arc de Constantin. La spécificité de l’arc de l’Etoile tient dans ses proportions colossales.

arc de triomphe, paris

L’Arc de triomphe mesure près de 50 mètres de haut et 45 mètres de large, ce qui en fait l’un des arcs les plus importants du monde.

D’une hauteur de 50 mètres et d’une largeur de 45 mètres, sa masse est quinze fois plus importante que celle des plus grands arcs construits auparavant.

L’Arc fut d’ailleurs un prodige financier et architectural. Chaque pile supporte un poids correspondant à deux fois celui de la tour Eiffel. Il coûta à l’époque plus de 9 millions et demi de francs.

Le programme décoratif, réalisé sous la monarchie de Juillet, fut fidèle à ce qu’avait voulu Napoléon.

Triomphe 1810 arc de triomphe

Le programme décoratif de l’arc de Triomphe est très développé et comprend entre autre le « Triomphe de 1810″par Cortot.

Et également conforme à la tradition des arcs de triomphe. Il commémore les exploits guerriers des armées républicaines et impériales. Le style antiquisant de la statuaire, caractéristique du début du XIXe siècle, s’accorde avec celui du monument. Des nus monumentaux, embellis, revêtent de costumes avec des poses conventionnelles. Ainsi, la frise qui contourne le monument, évoquant le départ et le retour des armées, déroule des personnages de plus de 2 mètres de hauteur sur 137 mètres de long ; six sculpteurs s’y employèrent, et furent rétribués, dit-on, au mètre courant.

Parmi les sculpteurs, un nom surtout se distingue. Celui de François Rude (1784-1855) qui créa là son chef-d’œuvre avec, sur la face regardant l’avenue des Champs-Elysées, le Départ des Volontaires de 1792, plus connu sous le nom de « La Marseillaise ».

La Marseillaise arc de triomphe

Le départ des volontaires de 1792″, appelé aussi « La Marseillaise » (vers 1833) constitue le chef-d’œuvre de François Rude (1784-1855) et l’une des plus grandes réussites de la sculpture monumentale française.

Les soldats de l’an II, transformés en guerriers antiques, sont entraînés par une allégorie vibrante et farouche de la Patrie. L’énergie, le souffle épique qui poussent ce groupe de soldats vers l’avant parviennent à détacher l’œuvre de l’écrasant monument sur lequel elle s’appuie. Sous la voûte on peut lire les mentions, sur des plaques au mur, de cent vingt-huit faits d’armes de la République et de l’Empire.

Très vite, l’Arc eut des rôles beaucoup plus variés que celui de mémorial. Dès 1810, alors que ses murs sortaient à peine de terre, il servit de passage triomphal au cortège de la nouvelle impératrice Marie-Louise, qui faisait son entrée à Paris. L’impératrice passa sous un trompe-l’œil aux dimensions de l’Arc; édifice de charpente et de toile peinte que Chalgrin avait élevé en toute hâte.

Ensuite, l’arc de l’Etoile servit de cadre à des pompes funèbres. En 1840, le char portant les cendres de l’Empereur Napoléon passa sous son arche avant de se rendre aux Invalides. En 1885, le corps de Victor Hugo passa la nuit sous l’Arc, recouvert pour la circonstance d’un immense crêpe. Le sommet de l’Arc fut surmonté d’une énorme composition, éphémère tentative d’installation d’un groupe sculpté qui ne fut jamais réalisé. L’exposition du corps de grands hommes à l’Etoile devint ensuite une tradition. Cet honneur fut réservé entre autres à Thiers et Gambetta, ainsi qu’aux maréchaux Joffre, Foch et Leclerc.

Le 14 juillet 1919, lors du défilé triomphal des Alliés, l’Arc de triomphe servit une dernière fois de lieu de passage pour les armées victorieuses. Mais, dès 1920, l’installation de la tombe du soldat inconnu, bloquant le passage, lui attribua définitivement le rôle de mémorial. Désormais, pour l’ensemble des Français, l’Arc évoque plus le recueillement que le triomphe.

L’Arc de Triomphe d’Orange

Construit au 1er siècle avant Jésus-Christ, l’arc d’Orange est un exemple particulièrement bien conservé d’arc de triomphe romain à trois arches. Il commémore la fondation de la colonie romaine d’Arausia. Arausia, l’ancêtre de la ville d’Orange. Les vétérans de la seconde légion de César, l’une des célèbres armées participa à la conquête de la Gaule.

La décoration abondante est caractéristique des arcs de triomphe tardifs ; les thèmes représentés sont adaptés à la Gaule. On retrouve les trophées et la frise de combattants traditionnels. Mais on représente également des combats de Gaulois et de légionnaires, et des Gaulois captifs. Cependant, comme les autres arcs gallo-romains, l’arc d’Orange n’est pas uniquement un arc de triomphe. C’est également un monument municipal, car il commémore les exploits militaires associés à la fondation de la cité.

L’Arc de Triomphe d’Orange est l’un des rares témoins de ce type datant de l’époque romaine subsistant en France.

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