Mont-Saint-Michel, France

Le visiteur gravissant les rues étroites amenant à l’abbaye du Mont-Saint-Michel ne devrait pas s’étonner de la foule qui s’y presse. Car dès son apparition, cette abbaye recueillit un énorme succès public. Les vendeurs de souvenirs d’aujourd’hui ne sont donc ni plus nombreux ni moins avides qu’au Moyen Age. Le pèlerinage touristique du visiteur d’aujourd’hui n’est pas si différent du pèlerinage religieux de son ancêtre médiéval. En effet, le Mont-Saint-Michel présente toujours autant d’intérêt et, outre l’originalité de son site, la richesse de son histoire et la beauté de son architecture, il reste un symbole religieux et national.

Rocher du Mont-Saint-Michel

L’abbaye et de la flèche du clocher surmontent le rocher granitique du Mont-Saint-Michel, de près de 80 mètres de haut. L’île se situe dans une baie qui connait des marées de très forte amplitude.

Le prestige du mont naquit d’un miracle. Saint Michel apparut par deux fois à Aubert, évêque d’Avranches au VIIIe siècle, et lui ordonna d’élever une chapelle en son honneur sur le rocher, appelé alors Mont-Tombe. Il était, en effet, dans la tradition chrétienne de dédier à l’archange des sanctuaires juchés sur des sommets. Cette chapelle fut la première étape d’une série de constructions ininterrompue jusqu’au XVIe siècle, les édifices les plus anciens servant de soubassement aux plus récents. Cette continuité de l’histoire architecturale a deux causes. Le prestige religieux du sanctuaire attira de plus en plus de moines qu’il fallait loger, et de pèlerins qu’il fallait héberger. Par ailleurs, la position stratégique de l’abbaye la transforma rapidement en forteresse dont il fallait constamment améliorer la défense.

Les invasions commencèrent en effet dès le IXe siècle avec les Vikings. La colline fut fortifiée, les populations s’y réfugièrent, et un bourg se forma. Au même moment, Richard 1er installa des bénédictins de Saint-Wandrille à l’abbaye et fit construire des bâtiments. Notre-Dame-sous-terre, l’édifice carolingien, fut utilisé comme crypte pour soutenir la plate-forme de l’église romane, et celle-ci fut entourée de bâtiments conventuels. L’ensemble, quoique défiguré par les siècles suivants, reste le plus complet des monastères bénédictins subsistants.

L’abbaye, telle qu’on la voit aujourd’hui fut achevée à l’époque gothique. Elle appartenait aux ducs de Normandie et subit au XIe siècle un gigantesque incendie provoqué par les troupes du roi de France, qui détruisit une grande partie des bâtiments. Devenue française, l’abbaye bénéficia des largesses du roi et les religieux purent alors édifier un magnifique ensemble architectural. Baptisé à l’époque « la Merveille », l’abbaye était destinée non seulement aux moines et aux pèlerins mais aussi aux hôtes de marque. De l’extérieur cet ensemble, édifié au nord du mont, ressemble à une forteresse, tandis que l’intérieur rassemble toutes les étapes du gothique, depuis les salles basses jusqu’au cloître.

Le visiteur peut se faire une idée de la vie quotidienne des moines : dans la salle des Hôtes, l’abbé recevait les invités prestigieux et leur offrait un repas, tandis que les moines prenaient leur repas, isolés du monde, dans le réfectoire. La salle des Chevaliers était leur lieu de travail. Ce fut aussi là que l’ordre des chevaliers de Saint-Michel tint ses premières réunions, peu après sa fondation par le roi Louis XI, en 1469.

Abbaye du Mont-Saint-Michel

Le cloître de l’abbaye (vers 1230) présente des doubles rangées de colonnes et un toit à forte pente

Dominant l’ensemble, le cloître semble suspendu entre ciel et terre. La légèreté de son architecture et la finesse de sa décoration contribuent à cette impression. C’est un véritable joyau de l’art gothique. Les quatre galeries reposent sur deux cent vingt-sept colonnettes dont cent trente-sept en granit rose poli forment une double colonnade à jour, disposée en quinconce. Le décor sculpté est rassemblé au-dessus des colonnettes, sur les arcades; rosaces, bas-reliefs, inscriptions, frises de feuilles de vigne, de petites roses et de feuilles d’acanthes, se distinguent par leur délicatesse et leur variété.

Dans le Mont-Saint-Michel ainsi reconstruit, les pèlerins affluèrent sans arrêt pendant plusieurs siècles. Nobles et riches bourgeois y côtoyaient les gueux, qui vivaient d’aumônes pendant leur voyage; Les moines hébergeaient les gueux à l’aumônerie gratuitement. L’industrie hôtelière et le commerce des souvenirs étaient déjà florissants. On achetait des insignes portant l’effigie de saint Michel; des ampoules de plomb que l’on remplissait du sable de la grève. Le trafic ne fut pas stoppé par la guerre de Cent Ans. Au contraire, les Anglais qui furent maîtres de la région distribuaient, moyennant finances, des sauf-conduits aux fidèles.

Au moment où les constructions religieuses s’achevaient, le rôle militaire du mont s’accrut; l’abbé, gouverneur reconnu par le roi de France, était aussi capitaine d’une garnison entretenue aux frais du roi. C’est l’époque héroïque du Mont-Saint-Michel. Les Anglais logeaient à Tombelaine, un îlot voisin. Tout le bourg, population civile et religieux, combattit héroïquement pour sauver son indépendance. Le 24 juin 1434, les Anglais se retirèrent en laissant deux canons que l’on peut encore voir aujourd’hui.

Transformée en prison après la Révolution jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’abbaye renoua en 1966 avec sa vocation. Elle accueillit à nouveau une communauté religieuse. Mais l’ère des pèlerinages touristiques ne s’était pas arrêtée; avec près de 700 000 visiteurs en 1990, l’abbaye se classe parmi les premières curiosités de France pour sa fréquentation, et son image est célèbre dans le monde entier.

La baie du Mont-Saint-Michel

La baie du Mont-Saint-Michel mesure 22 km de Cancale à Grandville et s’enfonce de 23 km dans les terres. L’amplitude des marées y est énorme et peut atteindre 14 mètres de différence entre les niveaux de basse mer et de haute mer; c’est le record de France. Comme le fond est plat, les bancs de sable sont découverts jusqu’à 15 km. Le flot de la marée monte très rapidement et peut mettre en danger les imprudents.

Baie du Mont-Saint-Michel

Les pinacles du chœur décorés de fleurons et le toit de la « Merveille » dominent la baie à marée haute.

Déjà au Moyen Age la traversée de la baie n’allait pas sans enlisements ou noyades; d’où l’appellation de Saint-Michel-au-péril-de-la-mer qu’on lui donna alors. Dès le Moyen Age, les riverains tentèrent de combler la baie. Les marais de Dol furent asséchés; et au XIXe siècle, on tenta de faire de même autour du mont. Mais, bientôt, l’ensablement se fit à une vitesse incontrôlable. Au point qu’aujourd’hui des projets d’aménagement sont en cours pour l’enrayer; et conserver à ce site exceptionnel son originalité et sa beauté célébrées depuis des siècles.

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